Octobre dans le Nord-Ouest argentin, la saison qu’on oublie

Octobre dans le Nord-Ouest argentin, la saison qu'on oublie

Entre décembre et mars, les pluies d’été font régulièrement descendre des coulées de boue dans les ravins de Jujuy et de Salta, au point de couper certaines routes. En juillet, les vacances scolaires d’hiver remplissent Purmamarca et Cafayate de familles argentines. Octobre se glisse entre ces deux périodes, et c’est sans doute le mois le plus sous-estimé pour découvrir le Nord-Ouest du pays, surtout quand on y voyage par la route.

Le printemps austral, juste avant les pluies

En octobre, l’hémisphère Sud est en plein printemps. Dans le Nord-Ouest, il appartient encore à la saison sèche : les grosses pluies arrivent plus tard, avec l’été, et le ciel reste le plus souvent dégagé. Une averse n’est pas exclue en fin de mois, mais rien de comparable avec les orages de janvier.

Seule réserve, les grands cols andins qui mènent au Chili. Une chute de neige tardive peut encore fermer le Paso de Jama ou le Cristo Redentor pendant quelques heures, voire quelques jours ; leur état se vérifie la veille, auprès des autorités des deux pays.

Octobre est aussi le mois où les Salinas Grandes, entre Purmamarca et le Paso de Jama, se présentent sous leur aspect le plus connu : une croûte de sel blanche et sèche, découpée en polygones, à plus de 3 300 mètres d’altitude. Après les pluies d’été, une fine pellicule d’eau peut au contraire la recouvrir et la changer en miroir.

Des journées douces, des nuits qui restent froides

L’air sec du Nord-Ouest creuse de forts écarts entre le jour et la nuit. Dans les vallées situées entre 1 500 et 1 700 mètres, comme à Cafayate, les après-midi sont déjà chauds ; sur l’altiplano, au-dessus de 3 500 mètres, le thermomètre peut encore passer sous zéro à l’aube. Un même trajet peut donc commencer dans le froid sec d’un col et finir dans la chaleur d’une vallée viticole.

Pour un voyage à moto, la conséquence est surtout vestimentaire : un équipement modulable, avec doublure amovible et aérations, rend plus de services qu’une veste très chaude. Plus au sud, dans la région de Mendoza et de San Juan, octobre tombe encore dans la période du zonda, ce vent chaud et sec qui descend des Andes entre mai et novembre et peut souffler en rafales violentes. Les jours où il se lève, mieux vaut écourter l’étape. Quant au rayonnement ultraviolet, il reste très intense en altitude, même quand l’air est frais : le visage et la nuque brûlent vite pendant les pauses.

Une lumière franche, des couleurs à leur avantage

La faible humidité donne au paysage une netteté que les photographes recherchent. Les strates du Cerro de los Siete Colores, les grès de la Quebrada de las Conchas ou les falaises de Talampaya prennent toute leur intensité quand le soleil est bas, en début de matinée et en fin d’après-midi ; à midi, la lumière verticale écrase les reliefs. En octobre, les vignes de Cafayate et de Mendoza se couvrent de leurs premières feuilles, d’un vert tendre qui tranche avec le rouge des montagnes.

L’heure légale ajoute un avantage discret. L’Argentine entière vit à l’heure de Buenos Aires, alors que le Nord-Ouest se trouve beaucoup plus à l’ouest : à l’horloge, le soleil s’y lève et s’y couche tard, ce qui ménage de longues fins d’après-midi lumineuses, au moment précis où les reliefs se colorent.

Moins de monde, à une exception près

Entre les vacances d’hiver et la grande saison estivale de janvier et février, la fréquentation reste modérée. Les hébergements se trouvent plus facilement, les sites sont moins encombrés, et l’on partage la place de Purmamarca avec ses habitants plutôt qu’avec des cars d’excursion. Seule exception notable : le 12 octobre, jour férié en Argentine souvent déplacé pour former un week-end prolongé, qui attire de nombreux voyageurs nationaux.

Certains voyages organisés à moto entre le Chili et l’Argentine ont d’ailleurs retenu cette fenêtre ; l’un d’eux part le 15 octobre 2027, pour dix-sept jours. Pour ce type de circuit, qui relie le désert d’Atacama aux vallées du Nord-Ouest puis à Mendoza, octobre offre le plus souvent des routes sèches et des sites peu fréquentés, deux conditions difficiles à réunir à une autre saison.

Si vous préparez votre propre itinéraire à cette saison, gardez une journée de marge dans le programme. C’est la meilleure parade contre un col fermé par une neige tardive ou une journée de zonda, et le moyen le plus simple de ne pas sacrifier une étape à la météo.